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vendredi, 27 août 2010

"Envy" englouti par son concurrent N°1

On s'y attendait un peu, mais c'est désormais officiel: de "Be" et "Envy", seul l'un d'entre eux passera le cap des six mois. "Be" va donc absorber son concurrent pour donner naissance à une formule enrichie à paraître au début de l'automne.

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Les chiffres de vente du mag étaient loin d'être catastrophiques, mais néanmoins insuffisants aux yeux de Jean-Paul Lubot, son directeur général délégué: 175 000 exemplaires vendus chaque semaine (à peu près autant que Grazia), alors que l'objectif prévu était 200 000.

Des recettes publicitaires décevantes auraient également perturbé l'équilibre du titre, qui avait été lancé en février 2010, en même temps que "Be". Si les deux hebdos appartiennent à deux groupes différents (Be: Lagardère Active et Envy: Marie-Claire), la fusion est facilitée par le fait que Lagardère possède 42% du capital de son "concurrent".

Le péché d'Envy: son manque d'identité

Je n'ai personnellement jamais vraiment adhéré ni à l'un ni à l'autre de ces hebdos (alors que je lis pourtant beaucoup la presse féminine), la surenchère people m'apparaissant au fond assez vaine. Mais au-delà de cela, il me semble que seul "Be" avait réussi à se créer une identité propre.

Avec son slogan "For the Now Generation", le mag incarne la détente futile, vaguement hystéro (cf: les pubs dans le Métro ou encore celle de Paris Hilton) mais néanmoins assez cool et bien informée.

Par comparaison, "Envy" était peut-être un peu plus terne et hésitant, voire niais ("Toutes vos envies sont dans Envy", comme slogan, on a vu mieux...). Pas de quoi non plus se féliciter de cette "fus-ac" un peu particulière: seuls 15 des 40 journalistes de feu "Envy" seront réintégrés à "Be".

Hasard du calendrier, le magazine Grazia, un concurrent historique, fête tout juste ses un an. Le dernier numéro d' Envy devrait, lui, paraître fin septembre.

17:21 Publié dans Féminins | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 25 août 2010

Yves Saint-Laurent ou l'art de la mode

Au Petit Palais, une exposition met à l'honneur plus de quarante ans de carrière d'Yves Saint-Laurent, disparu en 2008. Un créateur de génie pour qui la mode n'était "pas tout à fait un art", mais avait "besoin d'un artiste pour exister". Les 300 pièces exposées ici lui donnent raison.

"J'espère que les 3 heures d'attente devant le Petit Palais valent le coup !" Message facebook d'une amie envoyé aujourd'hui depuis le musée. Cinq mois après ses débuts, l'expo "YSL" qui se termine dimanche fait toujours le plein. Déjà début août, les fascicules en français étaient en rupture de stock. Touristes étrangers, hommes en costard, drôles de vieilles et jeunes couples se pressent pour admirer une rétrospective qu'on ne saurait qualifier autrement qu'exceptionnelle.

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YSL était-il un artiste? C'est la question que soulève en continu l'exposition, impulsée par son ancien compagnon, l'homme d'affaires Pierre Bergé. Un "mécène" qui finança longuement ses défilés et avec qui il collectionna d'ailleurs des tonnes d'oeuvres d'art une fois le succès venu.

Le parcours chronologique commence au coeur des années 50. YSL fait ses premiers pas chez Christian Dior à une époque où la femme est encore enserrée dans ses corsets. Le vêtement haut de gamme est une parure chic, un symbole du rang social qui possède encore peu son langage propre. Bien que talentueux, YSL "imite" ses contemporains, comme un jeune peintre l'aurait fait de son maître.

Ci-contre: Collection "Trapèze" pour Christian Dior (1958)

C'est après son retour d'Algérie (d'où il a été démobilisé au bout de trois semaines à cause d'une dépression) que le couturier se met à voler de ses propres ailes. Bergé le pousse à créer sa propre maison, ce qu'il fait en 1962. Dès lors, il griffe son "style" (un mot qu'il préférait à celui de "mode") dans chacune de ses collections, en empruntant à ses débuts au vestiaire masculin: cabans, vareuses, et même costumes-pantalons. Petite révolution dans ses ateliers de la rue Marceau, à Paris.

En même temps que la Nouvelle Vague au cinéma, Saint-Laurent casse les codes du genre et surprend par son audace et ses influences: alors que Jean Seberg promène ses cheveux courts en marinière dans "A bout de souffle", une des premières pièces de la collection de 1962 est la copie féminisée d'une veste de marin. Coïncidence?

Poussant la logique jusqu'à son paroxysme, il crée bientôt un smoking pour femmes, que ses clientes et amies les plus célèbres adoptent sur le champ.

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Le masculin-féminin selon Catherine Deneuve (Collection automne-hiver 1966)

Bien que son peintre préféré fût Pablo Picasso, la carrière d'Yves Saint-Laurent me fait penser à celle de Matisse. Une fois le ton trouvé, YSL se démultiplie, adapte, créer et recrée sans cesse, toujours plus innovant, mais également respectueux de certains codes: la couleur, qu'il découvre lors de voyages au Maroc; les proportions, toujours très féminines; le souci du détail, enfin.

Dans le même temps, Saint-Laurent fait une déclaration d'amour au monde de l'art, sorte de refuge pour ce créateur "maladivement timide" fou amoureux de Marcel Proust ("Je l'aime tellement, il m'est parfois difficile de le partager", dit-il). 1965-1966 sont les années "tribute to": Mondrian, Cocteau, Picasso, Van Gogh, Matisse, Braque, tout le monde y passe. Des créations très premier degré, certes, mais fabriquées avec tellement de sincérité qu'elles en deviennent poétiques.

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Poupée géométrique sophistiquée, inspirée des tableaux de Piet Mondrian (1965)

Comme tout avant-gardiste, cet homme pourtant très discret aime créer le scandale. On est en 1971: sa collection d'été, inspirée des années 1940 et pleine d'ironie, est descendue en flèche par la presse. Rétrospectivement, on y voit plutôt un impertinent trait de génie destiné à faire bouger les lignes, comme en atteste ce magnifique manteau de renard vert.

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Une des pièces à scandale de cette collection (printemps-été 1971)

La même année, re-belote: il pose nu dans un journal. Cette image diablement christique est presque de venu le symbole de Saint-Laurent: classe et provocante. L'exposition l'agrémente de 14 clichés "secrets", sorte de making-off très émouvant de cette série du photographe Jean-Loup Sieff.

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Un Jésus homosexuel, nu et avec des lunettes... ou comment créer un mythe en un cliché (1971)

Alors que chez ses collègues, la femme porte bikinis et mini-jupes, YSL s'en va puiser son inspiration à l'étranger, dans des pays à contre-courant de la modernité. Chine, Inde, Maroc, et même Russie (en pleine guerre froide!), qui donne lieu à ce qui semble être sa plus belle collection, très XIXème siècle. Collection ambiguë, au passage, car elle cultive un certain esthétisme "Russie tsariste" tandis que l'URSS reste très marquée par le socialisme réaliste.

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C'est beau! "Da, da" (automne-hiver 1976)

Pour rappel: en 1976, les jeunes écoutent Pink Floyd, Led Zeppelin et/ou Gainsbourg, et la sulfureuse Brigitte Bardot a déjà commencé la chasse aux phoques. Mais au fond, YSL s'en fiche: il est l'ami des stars et des comtesses et ne jure que par les opéras romantiques du XIXe siècle. Mais ce mondain un brin déconnecté de la réalité a paradoxalement fait descendre la Haute-Couture de son piédestal, en créant par exemple une collection de prêt-à-porter "Rive Gauche" fabriquée pour la première fois en série. Même si tout reste très cher, il faut bien l'avouer, c'est déjà pas mal.

Sa dernière collection, en 2002, est à l'image d'un Jean Dubuffet: nés génies, ils ont tous deux appris à "désapprendre" au cours de leur carrière, pour retrouver un style plus simple, purifié. Ce qui donne, chez Dubuffet, des dessins d'enfants et chez le couturier, des robes de mousseline ultra-dépouillées. Back to basics: la forme, la couleur, point barre.

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Sous la capeline bleue, une robe longue et un petit noeud. C'est tout (2002)

Un beatnik de salons

"J'ai toujours rêvé d'être un beatnik", disait Yves Saint-Laurent. Même si on a du mal à le croire, on ne peut nier qu'il partageait avec ces poètes fous, épris de liberté, une forme de mélancolie confrontée à une l'envie irrépressible de tout faire sauter.

Lors de son dernier défilé au Centre Pompidou en 2002, que je me souviens avoir regardé avec ma mère devant ma télé, tout le monde avait envie de pleurer. Moi aussi. Tous ces modèles réunis défilant dans une lumière timide... comme autant de spectres magistraux faisant ressurgir un demi-siècle de création au service de la beauté.

Générique de fin. A 1h18min, Deneuve et Casta chantent "Ma plus belle histoire d'amour... c'est vous", de Barbara. Il faut se retenir pour ne pas verser de larmes.

La rétrospective du Petit Palais produit ce même effet. Yves Saint-Laurent avait un coeur d'artiste, symbolisé par ce collier qui habillait à chaque collection un modèle particulièrement apprécié du maître.

Deux ans après sa mort, ce coeur bat toujours.

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Crédits photos: Fondation Pierre Bergé/YSL - Alexandre Guirkinger

dimanche, 22 août 2010

Dis maman, poser, c'est tromper?

NB: après réaction de Miss Pandora, l'article a été légèrement modifié. Je tiens à préciser que je n'ai aucune animosité contre cette blogueuse, bien au contraire. Je me pose seulement la question de la frontière entre blog et communication. Chacun se fera son opinion.


Les frontières entre la mode et la publicité sont très fines, et Internet n'échappe pas à la règle. Pour autant, les blogueuses mode peuvent-elles s'autoriser à faire de la publicité ouverte? Réponse ici.

En ouvrant la Glamour de cette semaine (offert avec Vogue), j'eus comme une légère secousse. Une publicité Comptoir des Cotonniers mettait en scène Miss Pandora, alias Louise Ebel IRL, dans une publicité "Mères & Filles" (leur fresque marketing depuis quelques années maintenant). Outre la surprise brutale de voir couché sur papier un visage d'habitude croisé sur écran, un peu comme Rue89 et son mensuel, j'ai surtout été marquée par cette forme de complaisance à devenir l'égérie d'une marque -égérie heureusement éphémère.

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Comptoir des Cotonniers - Automne-hiver 2010

On le sait, les magazines féminins sont bourrés de pubs plus ou moins artistiques: il est parfois difficiles de faire la différence entre un article sur les it-bags et la réclame vendant ceux de chez Chloë juste en face. Mais, toutes proportions gardées, je n'ai pas connaissance qu'Anna Wintour ait jamais offert son carré plongeant aux photographes de mode. Et à mon humble avis, les blogueuses non plus ne devraient pas se prêter à ce jeu.

Jamais gratuit

Sur son blog, mademoiselle Pandora nous apprend que ce n'est pas la marque qui s'est tournée vers elle et sa maman, mais bien l'inverse. L'air de dire "je suis une fille comme tout le monde, c'est un rêve de gamine", Louise ne semble pas s'inquiéter du mélange des genres. Honnêteté ou fausse naïveté? On peut douter qu'après avoir été shootée pour cette campagne, sa liberté de ton n'en prendra pas un coup... C'est un peu comme la nomination par Nicolas Sarkozy de M. Pflimlin à la tête de France Télés: ça injecte le soupçon, quand bien même il n'aurait rien à se reprocher. Et c'est dommage.

La marque Comptoir des Cotonniers (CDC) peine à sortir de son image "bourgeoise tranquille" depuis quelques temps (déjà dès 2007), et se fait doubler chez les modeuses mainstream par d'autres griffes telles Maje, Sandro, Et Vous, etc. Or, Miss Pandora, une des blogueuses mode les plus suivies en France, est aussi très audacieuse (un petit exemple ici), que ce soit dans ses choix de vêtements, dans ses photos, etc. Une aubaine, pour CDC, qui voit sûrement là un moyen de se moderniser en choisissant cette grande rousse 2.0 qui "LOVES" sa chambre sous les toits et "HATES" les préjugés sur les jolies filles.

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Les "Do" et "Don't" des blogueuses mode

Alors, jusqu'où a-t-on le droit d'entrouvrir la fameuse boîte de Pandore? Voilà ce que j'en pense.

DO!

- Si elles le désirent, rien ne devrait empêcher les blogueuses-qui-sont-un-peu-dans-la-dêche de mettre de la publicité sur leur espace. Comme elles ne sont par définition pas des employées de leur blog, contrairement aux journalistes papiers, elles gardent la possibilité de dire ce qui leur chante et tant pis si Asos et APC ne sont pas d'accord, on ne les oblige pas à rester. C'est d'ailleurs ce que fait Miss Pandora, et tant mieux!

- Autre liberté, celle de recevoir des cadeaux de la part de grandes marques (ce qui n'est pas mon cas, je vous rassure). C'est l'exemple de la petite Tavi, micro-star des front-rows de défilés qui se prend en photo sur-habillée dans son jardin tout moche. Là, la sélection se fera naturellement: personne n'oserait poser avec une fringue de mauvais goût.

- L'autopromo est également tolérée, et parfois même encouragée. C'est un peu l'histoire de Kate Moss qui pose pour sa collection capsule chez Topshop. Why not? C'est son bébé. La gourmande TokyoBanhbao a ainsi inséré un lien redirigeant vers son bouquin, "Serial shoppeuse" (ouvrage BD que j'ai lu, et que j'ai d'ailleurs bien aimé).

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Capture du blog Naag.com, récemment créé par Agyness Deyn et sa pote Fiona.

DON'T!

- En revanche, publier les communiqués de presse tels quels, jouer les stars pour des marques de vêtement, acheter ses fringues un peu toujours au même endroit ou encore mentir sur un produit (je l'ai acheté, on me l'a pas donné!), je trouve ça moyen. Les demoiselles se doivent d'être à la fois honnêtes et de rester critiques. Les blogs, à la base, c'est fait pour ça non?

- Voilà pourquoi, sur ce site, vous verrez toujours le prix des habits et la façon dont je me le suis procurés. A bon entendeur, bonne semaine!

 
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